Comment expliquer l'instabilité de la croissance ?

Introduction :



Comme nous l’avons abordé dans le chapitre sur l’explication de la croissance, celle-ci est avant tout quantitative et se mesure d’après la croissance du PIB année après année.

Nous allons voir que cette croissance est instable, et qu’elle fluctue sans cesse.
Avant toute chose, voici le vocabulaire à maîtriser pour décrire les fluctuations de la croissance :

- Lorsque le PIB augmente sur une ou plusieurs années, on parle d’expansion économique.
- Lorsqu’il augmente mais moins en comparaison de l’année précédente, on parle de ralentissement ou de décélération économique.
- Lorsque le PIB baisse sur une année, on parle de récession. Si cela se produit sur plusieurs années consécutives, on parle de dépression.
- Une crise économique traduit un retournement brutal de l’activité économique et une baisse subite du PIB. Ce retournement à lieu à un moment précis, et peut entraîne le plus souvent une récession voire une dépression.

Note : au sens large, on parle de « période de crise » pour définir une dépression. Mais en réalité, la crise représente le moment où l’activité économique a basculée.

Dans ce chapitre, nous allons déterminer les principales raisons de ces fluctuations économiques.

I – Mesure et explication des fluctuations de la croissance :



A/ Prévision et constatation de la croissance économique :


Deux notions doivent être comprises au sujet de la croissance (elles ne font pas partie des notions-clefs du programme, mais doivent être connues).

On nomme croissance potentielle la croissance estimée pour une année à venir. Elle s’appuie sur les facteurs de production disponibles l’année passée.
La croissance potentielle ne peut pas prendre en compte l’évolution de la demande et de l’offre, la croissance démographique ou encore l’investissement à venir. Pour cette raison, croissance potentielle est rarement égale à croissance effective.

On nomme croissance effective la croissance constatée sur une année : il ne s’agit plus d’une estimation, mais de la croissance observée concrètement.



B/ Les facteurs à l’origine des fluctuations économiques :


1) Les chocs d’offres :


Les chocs d’offres renvoient aux variations des conditions de production. Cela peut aussi bien renvoyer à la productivité qu’au coût des facteurs de production (en baisse ou en hausse).



*La Productivité Globale des Facteurs à déjà été évoquée dans le premier chapitre sur la croissance.

2) Les chocs de demande :

Les chocs de demande renvoient aux variations de la demande globale.




Dès lors qu’un élément est modifié (que ce soit la demande intérieure ou la demande extérieure) on parle de choc de demandes. On en distingue deux formes :

- Le choc de demande positif qui encourage la croissance. Exemples : une hausse de la consommation ou des exportations constitue un choc de demande positif. Les Trente Glorieuses (de 1945 à 1973) ont été motivées par une hausse de la consommation.

- Le choc de demande négatif qui pénalise la croissance. Exemples : une baisse de la consommation due à un krach boursier (comme celui de Wall Street le 4 Octobre 1929) et une baisse de l’investissement.

3) Le cycle du crédit

Le cycle du crédit désigne les variations constatées dans les crédits accordés par les banques. Selon si les banques accordent beaucoup de crédits où les restreignent, cela peut motiver une hausse comme une baisse de la croissance.

On retiendra donc les deux schémas suivants :



Ce schéma illustre le paradoxe de la tranquillité qui montre que dans un climat d’expansion, les banques sont moins regardantes et accordent plus facilement des crédits ce qui provoque un endettement important qui peu pénaliser les banques par la suite et entraîner des difficultés certaines.



Ce schéma montre le comportement des agents dans un climat inverse, par exemple suite à une crise. Ce cercle vicieux provoque une déflation, c’est à dire une baisse du niveau général des prix, des salaires et de la masse monétaire qui provoque une baisse de la demande, de la production et de l’emploi.

Pour sortir de ce cercle vicieux, 2 visions s’opposent :

- La vision libérale qui considère que la disparition de certaines entreprises permet d’assainir le marché.

- La vision keynésienne qui préconise une intervention de l’État.


II – Le rôle des pouvoirs publics dans les fluctuations économiques :



A/ Les politiques dites conjoncturelles :


1) Quels sont les objectifs ?

Une politique conjoncturelle est une politique à court terme, c’est à dire qui impacte l’économie sur moins d’un an.

Il y a par exemple les politiques budgétaires (dépenses de l’État dans les différents domaines) ou monétaires (modulation des taux d’intérêt).

Pour chaque pays, on admet quatre indicateurs pour évaluer la situation économique.
L’économiste britannique Nicholas Kaldor a établi le « carré magique » pour rendre compte graphiquement de l’équilibre entre ces indicateurs. Ces éléments sont influencés par les politiques conjoncturelles.



Source : image reprise depuis https://www.glossaire-international.com/pages/tous-les-termes/carre-magique-kaldor.html, mais dont la source officielle reste incertaine.

Le visuel ci-dessus représente un équilibre parfait mais il est théorique est impossible à obtenir en réalité. Plus la surface du quadrilatère est grande, meilleure est la situation économique du pays.

Remarque Vous pouvez observer comment s'organise le carré magique en utilisant le générateur suivant : http://www.ses.ac-versailles.fr/extras/bd/carre/carre.html

2) La politique de relance ou politique keynésienne :

Une politique de relance est nécessaire lorsque la croissance effective < croissance potentielle.
Elle intervient notamment lorsque le pays est dans une période de récession ou de dépression. J.M Keynes, reconnu pour son ouvrage Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936) pense que l’État doit intervenir.

Lorsque le PIB baisse, les entreprises sont pessimistes en ce qui concerne la demande effective (demande prévue pour les prochains mois) donc elles investissent peu et embauchent moins. Sans intervention extérieure l’économie est prise dans un cercle vicieux.

L’État intervient donc avec différents moyens :

- Politique budgétaire pour jouer en faveur de la demande effective, en versant davantage de revenus de transfert aux ménages pour qu’ils puissent consommer plus par exemple. L’État peut aussi investir directement pour dynamiser l’économie.

- Politique monétaire qui fait baisser les taux d’intérêt pour encourager l’emprunt et l’investissement.

On parle de politique expansionniste.

Remarque Pour se permettre ce genre de mesures, l’État s’endette mais si la politique de relance fonctionne alors la croissance repart ce qui lui permet de payer ses dettes.

3) La politique de rigueur ou politique libérale :

La politique intervient lorsque la croissance effective > croissance potentielle du fait d’une inflation beaucoup trop importante.

Le but est donc de réduire l’inflation, pour redonner de la compétitivité.

Les libéraux sont contre une forte intervention de l’État, ce qui se voit avec leurs politiques :

- politique budgétaire : vise à équilibrer les comptes de l’État, en diminuant les dépenses donc en réduisant les revenus de transfert par exemple.

- politique monétaire : fixation de taux d’intérêts élevés pour éviter que la demande accélère trop vite ce qui provoquerait une inflation.

- lois visant à déréglementer l’économie pour favoriser le libre-échange.

B/ Limites et points faibles des politiques conjoncturelles :


1) La contrainte budgétaire imposée à la zone euro :

Aujourd’hui, les 19 pays faisant partie de la zone euro doivent respecter les termes du Pacte de Stabilité et de Croissance (PCS). Depuis, 1990, ceux-ci doivent respecter un ensemble de règles qui limitent leur liberté budgétaire :



Ainsi, la politique budgétaire se trouve restreinte car :

- Certains pays membre de l’UEM ne respectaient plus ces règles, ce qui a incité une nouvelle réforme en 2005 instaurant des cas de « circonstances exceptionnelles » dans lesquels les règles peuvent être temporairement ignorées.
Exemples : si la croissance est faible ou nulle, il faudrait adopter une politique de relance qui nécessite un certain endettement. Même chose pour le R&D. Dans ces cas-ci, creuser le déficit apparaît acceptable.

- La politique monétaire de l’UEM est décidée à Francfort (siège de la Banque Centrale Européenne) donc les Etats membres ne contrôlent pas le taux d’intérêt.
Sachant qu’une politique de relance réclame un abaissement des taux d’intérêt, cela pose problème car on ne peut pas prévoir exactement les taux fixés. Si ils augmentent pendant que l’on mène une politique de relance, la dette publique va grossir de plus en plus (effet « boule de neige » ou snowball)

2) L’inefficacité de la politique de relance au sein d’une économie ouverte

La politique de relance consiste à faire augmenter la demande et la consommation dans le pays qui la mène. Or, en économie ouverte la consommation peut porter sur des produits étrangers ce qui ne profite absolument pas au pays qui mène la politique de relance. De ce fait, les entreprises redeviennent pessimistes sur la demande et les effets attendus de la politique de relance s’effacent. C’est pourquoi en économie ouverte, c’est la politique de rigueur qui est privilégiée.

3) Les politiques conjoncturelles impuissantes face aux chocs d’offre :

Les politiques conjoncturelles sont peu pertinentes en ce qui concerne l’offre, elles encouragent plutôt la demande globale et l’investissement.
Lorsqu’il y a un choc d’offre (en particulier négatif) il faut prévoir des ajustements sur le moyen-long terme, donc on parle de politiques structurelles.
Exemple : si on constate un essoufflement de la productivité, il faudra repenser l’éducation ce qui nécessite plusieurs années.

4) Des objectifs conjoncturels incompatibles :

Comme nous l’avons montré avec le « carré magique » de Nicholas Kaldor, il y a quatre objectifs principaux dont certains sont incompatibles entre eux :

- Avec une politique expansionniste pour baisser le chômage et relancer la croissance, l’État va baisser les taux d’intérêt et augmenter ses dépenses. Ainsi, l’emprunt et la consommation sont encouragés. Comme la demande va augmenter, cela va générer de l’inflation et comme les prix seront plus élevés, la compétitivité internationale va diminuer ce qui va mener au déficit commercial.

- Avec une politique qui cherche à juguler l’inflation on va diminuer les dépenses et augmenter les taux d’intérêt, donc cela décourage la consommation et l’emprunt. Moins de demande va ralentir l’inflation et des prix plus bas vont mener à un excédent commercial.
En revanche, on observera une faible croissance et donc une augmentation du chômage.

On distingue donc deux « paires » : croissance et diminution du chômage / freinage de l’inflation et compétitivité internationale.

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