Médias et opinion publique dans les grandes crises politiques en France depuis l’affaire Dreyfus

Introduction :



Toutes les informations de cette partie peuvent être mobilisées en introduction d'une composition (faire un choix). Des idées de problématiques sont proposées, mais il faut toujours les adapter au sujet proposé.

a) Connaissances essentielles sur les médias :

Médias = moyens d'expression : diffusion d'infos, contestation, formation d'opinions. Très prisés, surtout des hommes politiques (exemples : journaux, radio, télé, Internet).

Pluralisme médiatique (= présence de plusieurs médias différents) nécessaire à la démocratie.

Se poser la question de la neutralité des médias qui prennent souvent position (gauche, droite, centre, extrêmes) et qui ont des intérêts économiques.

b) Influence, dvlpmt et régulation des médias :

Depuis fin XIXème, les médias se sont grandement développés du fait de nbreux progrès techniques (radio, télé, Internet) = entraîne un accroissement des flux d'infos et permet au peuple de s'exprimer et de se former une opinon. Médias essentiels pendant les crises politiques.
Ces crises occasionnent de nombreux débats, opposant parfois les français. Les médias peuvent à eux seuls décider de l'issue d'une crise politique. Comme les médias ont une très forte influence sur l'opinion publique, les pouvoirs publics ont tendance à les réglementer.

Premier média FR = Le journal de Paris (quelques pages seulement, parution entre 1777 et 1840).

c) Problématiques envisageables :

- Quelle est l'influence des différents médias sur l'opinion publique lors des grandes crises politiques ? (pb de base à favoriser)

- En quoi le contexte politique peut t-il avoir une influence sur l'évolution des relations entre l'opinion publique et les médias ?


I - L’influence des médias sur l’opinion publique de 1890 à 1940



A/ La presse française tient une place déterminante


La presse tient une place décisive, permise notamment grâce à la loi du 29 juillet 1881 :



Cette loi a entraîné une libéralisation de la presse, permettant aux citoyens de mieux s’informer et ainsi de développer leur opinion.
On distingue deux types de presse :
1) presse populaire : peu d'orientation politique, publie surtout des faits divers... (Exs : Le petit journal, Le petit parisien
2) presse d'opinion : orientation politique marquée ; mise en évidence d'oppositions
- Gauche : L'Humanité
- Centre : L'Aurore, Le Temps
Droite : Le Figaro, La Croix
Ext-droite : La libre parole, L'Action Française

Lois de Jules Ferry (1881-1882) favorisant l'instruction = intellectualisation du lectorat (plus des personnes savent lire, donc plus de succès pour la presse.

Fin XIXème, la presse écrite joue donc un rôle central.

B/ Les médias durant les crises de la IIIème République


Durant les crises qui touchèrent la IIIème République, les médias sont intervenus à de nombreuses reprises afin de se battre pour les libertés. La presse a notamment jouer un rôle déterminant durant l’affaire Dreyfus, Le Figaro ayant publié le 1er novembre 1894 un article révélant l’existence d’un traître au sein de l’armée française.
Déchaînement antisémite contre Dreyfus avec La Libre Parole fondée par Edouard Drumont (auteur de l'essai La France juive où il affirme son antisémitisme.)

Comprendre l'affaire Dreyfus :

1894 : Le capitaine Alfred Dreyfus est arrêté, accusé d’avoir livré des documents confidentiels à l’Allemagne. Il est condamné à la déportation à vie (sur l’île du Diable) le 22 décembre 1894.
1896 : Le véritable coupable est identifié grâce au colonel Picquart, qui découvre de fausses pièces dans le dossier d’accusation. En dévoilant l’identité du coupable, Esterhazy, le colonel se fait muter en Algérie car l’armée ne souhaite pas se faire discréditer.
1898 : Zola publie sa lettre ouverte intitulée « J’accuse » dans le journal L’Aurore. Accusant l’armée d’avoir emprisonné un innocent, il est vite condamné et doit s’exiler à Londres.
1899 : Deuxième procès de Dreyfus durant lequel il est jugé de nouveau coupable. Suite à une enquête, on découvre de faux documents réalisés par le colonel Henry. Le 19 septembre 1899, le président de la République Emile Loubet signe la grâce du capitaine Alfred Dreyfus.
1906 : Dreyfus est réhabilité et réintègre l’armée.

Durant cette crise le peuple français tout comme les médias se divisent entre les dreyfusards, défendant le capitaine accusé injustement, et les antidreyfusards.




La tribune d'Emile Zola parue dans l'Aurore pour défendre Dreyfus

Certains dessinateurs interviennent comme Caran d'Ache :


Une du journal antisémite Psst... dessinée par Caran d'Ache sur l'affaire Dreyfus.

En résumé : Affaire Dreyfus fait l'objet d'une opposition médiatique forte (par journaux interposés). Le média de prédilection pour cette affaire est donc la presse écrite : caricatures et articles mis sur le devant de la scène.

C/ Les médias face à la guerre et aux crises politiques :


Avec la guerre, de nombreuses libertés sont suspendues et la propagande se met en place à travers les médias notamment. L'union sacrée requiert une certaine unité médiatique pour que les français gardent le moral. Grosses motions de censure (blancs sur les pages).
Régulation stricte qui entraîne l'apparition de journaux libres comme Le Canard Enchaîné en 1915.
A la suite de la guerre, la presse est donc délaissée et doit regagner de l'estime.

Diversification de l'offre journalistique : presse sportive, féminine...
Mise en évidence de grands scandales portant sur des personnalités notables (grands ministres, banquiers...)

La crise éco avec le krach de Wall Street atteint la FR au début des années 1930 et cristallise l'opposition contre la République.

La crise du 6 février 1934 :

Contexte : gouvernement inefficace contre la crise (régime parlementaire sous la IIIème République).

La crise du 6/02/34 concerne un escroc russe (Stavinsky) qui aurait corrompu des parlementaires et donc influencé les décisions du gouvernement (puisque régime parlementaire). Affaire révélée dans Le Canard enchaîné.
Les ligues de droite appellent à manifester devant l’Assemblée nationale et la presse de droite et d’extrême droite mènent une campagne antiparlementaire. La manifestation ayant eu lieu place de la Concorde va entraîner 15 morts et près de 1435 blessés. Par la suite, la presse de gauche va parler d’une tentative de coup d’Etat d’inspiration fasciste (Ex : Le Populaire), tandis que celle de droite va dénoncer les violences à l’encontre des manifestants (Ex : L'Action Française).


La manifestation place de la Concorde
Source de l’image : https://www.liberation.fr/france/2014/02/06/le-6-fevrier-1934-un-mythe-fondateur-de-l-extreme-droite_978118

En résumé : la encore, prédominance de la presse écrite (IIIème République = âge du papier). On constate que la presse participe à l'aggravation et au dvlpmt de conflits et qu'elle influence donc l'opinion publique. Clivage médiatique constaté (droite/gauche).

II – Les médias et l’opinion publique de 1940 à 1968



A/ Les médias durant et après l’Occupation


Pdt la Seconde Guerre Mondiale, l'occupation allemande favorise la censure pour les journaux. C'est la radio qui se développe de plus en plus :
- radio = instrument de propagande : diffuse des programmes dirigés par les allemands
- radio = outil de résistance : appel du 18 juin 1940, coordination de la Résistance intérieure (BBC)



Des radios clandestines ou "pirates" voient le jour.

En ce qui concerne les journaux :
- Tous interdits à l'exception de Je suis partout et l'Oeuvre : deux journaux collaborationnistes. Les FR doutent de l'objectivité de ces journaux et délaissent ce médias.
- Nveaux journaux clandestins : environ 1000 titres paru entre 40 et 44. On peut retenir Combat et Libération.

En résumé : les FR consultent les journaux officiels propagandistes mais aussi les journaux / radio clandestin(e)(s). Il y a donc une forme d'ambivalence en ce qui concerne l'opinion : propagande nazie et vichyssoise / résistance. Noter l'importance particulière de la radio.


Suite à la guerre, épuration de la presse (1945) : réorganisée => interdiction des journaux de l'Occupation. La presse d’opinion garde tout de même une certaine importance, mais se développent en parallèle de nouveaux magazines : les news magazines. Ce sont des journaux basés sur le modèle américain, qui témoignent de la modernisation de la presse en France (Le Point, Paris Match).

Malgré un contrôle de la part de l'Etat, la radio devient le média-roi : 90% des ménages sont équipés à partir des années 50.


B/ L’importance croissante de la radio et la naissance de la télévision


Depuis la crise de 1934, la radio prend une importance croissante, et particulièrement après la guerre avec l’apparition du transistor. Il s’agit d’un poste de radio léger, facile et manier et au prix peu élevé, qui entraîne ainsi la popularisation de la radio (et donc des radios périphériques).
Cette popularisation entraîne de la part de l’Etat une volonté de contrôler la radio et le flux d’informations qui s’en échappe en créant des institutions :



Ce contrôle considéré par certains comme injustifié entraîne le développement de radio périphériques, qui offre une liberté de ton.
La radio permet ainsi au peuple de se familiariser avec la voix des hommes politiques, et de s’informer en direct. De plus, la télévision se propage de plus en plus sur le territoire, et ainsi en 1965, près de 40% des français possèdent une télévision.

C/ Les médias de la guerre d’Algérie à la crise de mai 1968


Durant la guerre d’Algérie, les médias soutiennent le pouvoir (car contrôlés par la RTF) et diffusent en direct l’information officielle. De Gaulle va par exemple multiplier les conférences de presse afin d’affirmer son contrôle sur les évènements dès son retour en 1958. Il apparaît de nombreuses fois à la télévision.
Ainsi, les médias sont fortement contrôlés par l’Etat, et suite aux critiques de la presse écrite sur les violences commises en Algérie (contre la guerre et la torture), des journaux vont être saisis (par exemple Le Monde ou L’Express).

La crise de mai 1968

- Importance des radios périphériques (prise de parole des manifestants, débats)
- Importance des images diffusées par les médias (mise en place d’une guerre d’image)
- Création de journaux étudiants afin de contourner la censure
- ORTF en grève à cause de la censure



Source de l’image : https://www.ledauphine.com/france-monde/2018/05/23/mai-68-au-jour-le-jour-le-23-mai-la-revolte-des-radio-reporters

Cette crise fut donc le lieu d’une opposition entre les médias, divisés en raison du contrôle de l’Etat notamment. C’est également grâce aux médias que De Gaulle va réaffirmer son contrôle, lors d’un discours à la radio le 30 mai 1968.

III- Opinion publique et médias de 1968 à nos jours



A/ La libéralisation des médias après mai 1968


Après la crise de mai 1968, la liberté de la presse et de l’information devient un débat déterminant en France, les français étant mécontents du trop grand contrôle de la part de l’Etat sur leur faculté à s’informer des évènements. Ainsi, différents chefs d’Etat vont mettre en place des mesures :



A cette époque, les premières chaines de télévision telles que TF1 ou FR3 apparaissent. La communication audiovisuelle se développe de plus en plus, et le nombre de chaînes disponibles augmente peu à peu, permettant ainsi le développement d’une opinion publique de mieux en mieux informée.

B/ L’apparition de nouvelles techniques de l’information

Durant les années 90, une nouvelle manière de s’informer fait son apparition : internet. Il permet de nombreux débats libres, et favorise les interactions entre les différentes personnes. Il s’agit d’une espace d’échange interactif et attractif, qui permet à chacun de se forger un avis sur de nombreux sujets. De plus, internet est disponible presque partout et sur différents outils (ordinateur, tablette, téléphone). De plus, chacun peut décider de partager une information, par le biais de forums, de blogs, des réseaux sociaux …
Cette modernisation de l’information peut cependant présenter un certain danger, dans la mesure où chacun partage ce qu’il souhaite, sans forcément tirer ses informations de source sure.

C/ Les limites de ces nouveaux médias


- Sources non vérifiées sur internet (manque de crédibilité)
- Les hommes politiques se servent des médias et adaptent leur message à l’opinion publique (démocratie d’opinion)
- Les sondages d’opinion : utilisé de manière exagérée par les médias, qui se décrédibilisent. De plus les sondages ne sont pas toujours exacts, notamment durant les élections.

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