Comment rendre compte de la mobilité sociale ? (Sociologie)

Dans notre société moderne, il est devenu plus facile de changer de position sociale, car celle-ci est moins rigide qu'auparavant. De fait, de nombreux changements de positions sociales ont lieu, ce qui mérite de les étudier en conséquence.

I - Mesurer la mobilité sociale



Objectifs : savoir définir mobilité sociale ; mobilité nette ; mobilité structurelle ; mobilité relative et lire tables de mobilité et de recrutement.

A/ Qu'est-ce que la mobilité (au sens général et sociologique) :


En géographie, mobilité = flux humains : déplacement géographique des personnes. Le sens sociologique est tout à fait différent ! En socio, mobilité sociale = changement de position sociale et/ou d'activité professionnelle.
Exemple : Un ouvrier change d'emploi et devient employé = mobilité sociale.

Les mobilités peuvent être de natures différentes :



Pour retenir : "intra" = "à l'intérieur" => au sein d'une même carrière, pour le même individu. "inter" = "entre" => entre deux générations.

Remarques importantes :

- Lorsque la mobilité (intra ou intergénérationnelle) redirige vers le même statut social, on parle de mobilité horizontale. Exemple : un plombier devient menuisier : il reste ouvrier mais il y a bien une mobilité puisqu'il à changé de profession.

- Lorsqu'il y a changement de statut social, alors on peut parler de mobilité verticale. 2 types :
1) mobilité verticale ascendante : le statut social obtenu est plus "coté" au sein de la société.
2) mobilité verticale descendante : le statut social obtenu est moins "coté" au sein de la société : on parle aussi de déclassement social.

Exemples : un ouvrier devient cadre = mobilité intragénérationnelle verticale ascendante | un ouvrier à un père chef d'entreprise = mobilité intergénérationnelle verticale descendante.

B/ Mesurer la mobilité sociale avec les tables de mobilité :


Les tables de mobilité ont été développés par l'INSEE et mettent en évidence la mobilité inter-générationnelle des individus (père-fils).
On distingue les tables de recrutement et les tables de destinée.

1) Les tables de mobilité de recrutement :

Objectif : par exemple, on cherche à observer combien d'agriculteurs ont eux aussi un père agriculteur. On peut aussi regarder combien d'agriculteurs ont un père cadre, artisan commerçant, etc...
On prend pour référence le statut du social des fils et on le compare à celui des pères.



2) Les tables de mobilité de destinée :
Objectif : par exemple, on cherche à observer combien de fils d'agriculteurs sont devenus eux aussi agriculteurs, ou combien d'entre eux sont devenus cadres, artisans commerçant... On prend pour référence le statut social du père et on observe la destinée sociale des fils : à quelle PCS se sont-il rattachés ?




C/ Mobilité observée et mobilité relative :


1 – La mobilité nette ou relative :

Mobilité relative = mobilité indépendante des effets de structure. Ce serait donc une mobilité « choisie » et non « forcée ». Lorsqu’elle est forte, on dit que la fluidité sociale est importante.
La mobilité relative permet donc d’observer la mobilité en fonction de l’origine sociale sans prendre en compte les effets de structure.

Mobilité nette = mobilité totale - mobilité structurelle


2 – La mobilité structurelle :

La mobilité structurelle renvoie à la mobilité « forcée » par la modification de la structure sociale. Typiquement, il est devenu bien plus difficile de devenir ouvrier aujourd’hui car il y a beaucoup moins de place.


D/ Les limites des tables de mobilité :


1 – Un échantillon finalement peu représentatif :

L'échantillon retenu pour construire les tables de mobilité est limité : il intègre uniquement les hommes de 40 à 59 ans nés en France (âge où la position sociale est souvent la plus stable).
Cela pose les problèmes suivants :

- Au sujet des femmes. Leur exclusion était justifiée en 1964 (date de la création des tables) car la plupart d'entre elles étaient inactives. Or, aujourd'hui ce n'est plus du tout le cas donc cette restriction est peu pertinente.
Pourtant ajd. les femmes sont actives pour la plupart et leur PCS joue souvent un rôle déterminant pour celle de leur fils. La PCS du père ne fait pas tout.
Exemple : Un père ouvrier s'unit avec un mère CPIS : le fils va devenir CPIS mais cela sera surtout dû au fait que la mère était issue de la même PCS. Ce mécanisme mère-fils est complètement ignoré ici.


- Les tables de mobilité sont en retard par rapport à la réalité sociale : dans l'étude de 2015, les individus interrogés étaient nés entre 1955 et 1970. Cela ne rend pas compte ou peu des mobilités sociales actuelles.


2 – Des analyses subjectives fondées sur le prestige :

Rappelons que les PCS (catégories socio-professionnelles) ont été créées en 1982. Chaque profession à trouvé à cette date une place dans la grille des PCS.
Or, le statut de chaque profession a été amené à changé avec le temps.

Exemple : En 1982, le métier de professeur des écoles était très valorisé : c'est beaucoup moins le cas aujourd'hui. Cela veut dire qu'un fils de professeur des écoles qui lui-même devient professeur des écoles peut être classé en dessous de son père = déclassement social.

Le prestige d'une profession peut changer dans le temps, ce qui modifie la place qu'elle occupe dans la grille des PCS.


3 – Une mobilité conditionnée par le découpage des tables de mobilités :

Comme nous l'avons vu avec les tables ci-dessus, le découpage des tables fait référence aux PCS. Cependant, l’impression de mobilité peut être faussée par la fusion de certaines catégories.

Exemple : si le fils d’un ouvrier devient employé, on parle de mobilité sociale inter-générationnelle ascendante. Mais si jamais on regroupe ensemble les deux catégories (employés et ouvriers) alors c’est comme si dans cette situation il n’y avait pas eu de mobilité.
Plus il y a de catégories, plus l’impression de mobilité est forte, et inversement.

Aussi, la classification en PCS se doit de regrouper des catégories homogènes. Or ce n’est pas forcément le cas.

Exemples :
- un père ouvrier non diplômé qui n’a jamais connu le chômage (donc un revenu d’activité régulier) va s’élever plus haut socialement que son fils ouvrier diplômé qui alterne périodes d’activité et de chômage. On pourrait parler de mobilité dans ce cas ci, mais comme les deux sont catégorisés ouvrier on parlerait d’immobilité en lisant les tables de mobilité.
- la PCS « CPIS » (Cadres et Professions Intellectuelles Supérieures) regroupe les plus diplômés avec les professionnels des arts et du spectacles ; les sportifs de haut niveau...
On voit bien l’hétérogénéité au sein de la PCS CPIS.


II - Les principaux facteurs impliquant la mobilité sociale :



A/ L'évolution de la structure sociale influe sur la mobilité sociale :


1 - Les mutations sectorielles (mobilité structurelle) :

Aujourd'hui, certains catégories socio-professionnelles sont saturées et il est devenu presque impossible de les intégrer. Les conditions de vie qui s'y rattachent peuvent aussi être mauvaises ce qui force une mobilité sociale (exemples : PCS "ouvrier" saturée => mobilité horizontale vers la PCS "employé" / Difficile de subvenir à ses besoins en étant agriculteur => mobilité forcée.)

Cette mobilité forcée s'appelle mobilité structurelle. Comme on l'a dit, elle concerne surtout les PCS "Ouvrier"; "Agriculteur" et "Artisans, commerçants et chefs d'entreprise".

2) Le paradoxe d'Anderson :



Explications complémentaires :

Cette thèse s'explique par un phénomène que l'on appelle inflation des diplômes = il y a trop de hauts diplômes en comparaison des positions sociales élevées disponibles. L'insertion professionnelle peut donc être moins intéressante qu'espérée : possibilité de décrocher un poste à qualification plus basse que son diplôme. => déclassement social.

Déclassement social = position sociale de l'individu moins élevée sur l'échelle sociale. Peut être de 3 formes :
1) Intra-générationnel = au cours d'un même carrière
2) Inter-générationnel = parents-enfants
3) Scolaire = niveau de diplôme plus élevé que requis

3) L'analyse d'Eric Mourin : la déclassement comme peur irrationnelle :



Remarque : c'est la peur du déclassement qui amène à faire de plus longues études ce qui implique inflation des diplômes.

B/ L'école influe sur la mobilité sociale :


Au cours du 20ème siècle, l'école s'est démocratisée largement (effectif plus important, plus de longues études). Cependant cet impression de démocratisation peut être nuancée par les résultats du BAC :
si les fils d'ouvriers réussissent mieux qu'avant au BAC, les fils de cadres sont toujours bien plus nombreux à réussir. De plus, les fils d'ouvriers passent souvent un BAC pro ou technologique qui est moins exigeant que le BAC général.

L'analyse de Pierre Bourdieu montre bien que l'école est responsable des inégalités scolaires d'après lui :



Remarques : les compétences svt favorisées par l'école et présentes chez les catégories favorisées sont nommées habitus de classe.

Donc comme l'école favorise des compétences des plus aisés, elle entretient voire accentue les inégalités et cela ne va pas dans le sens d'une réelle mobilité.

On peut aussi parler du capital économique qui est utile chez les plus aisés pour financer les études, ainsi que du capital social qui permet de faire jouer le réseau relationnel dans l'objectif de trouver des opportunités de travail. Bourdieu met surtout l'accent sur le capital culturel dans ses analyses.

C/ La famille aurait une très haute responsabilité selon Raymond Boudon :




Selon le milieu social, les choix vont différer car les paramètres ne sont pas interprétés à l'identique selon les familles.

- Dans un milieu social modeste, le coût des études longues et/ou prestigieuses est difficile à assumer. Les avantages d'être diplômés se retrouvent pour des cursus assez court, car le niveau d'étude des parents était plus faible (exemple : un fils qui envisage un bac+2 par rapport à un père ouvrier sans qualification (sans le BAC).) Le risque d'échec est souvent surestimé dans ces familles.

- Dans un milieu social élevé, le coût des études est facilement assumé et prévu. Les avantages sont connus des parents qui sont eux-même très qualifiés. Le risque d'échec est relativisé car les parents connaissent la structure scolaire et savent qu'une réorientation est toujours envisageable.

En conséquence, les jeunes de milieux modestes font des études bien plus courtes que ceux de milieux favorisés ; et c'est le choix ainsi que le situation économique des familles qui ont conditionné cela.









Dernières fiches sorties

Nous créons constamment du nouveau contenu, vous pouvez le découvrir ci-dessous.