Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1875

Introduction – Comprendre le contexte histoire en Allemagne dès 1875 et définitions-clefs :



Qu’est-ce que le socialisme ?

Dès la fin du XIXème siècle, l’Allemagne s’industrialise de plus en plus. De ce fait, on y retrouve un mouvement ouvrier de plus en plus important. La catégorie ouvrière se sent opprimée, exploitée, et revendique des meilleures conditions de vie : c’est en cela qu’intervient l’idéologie socialiste, d’abord née au Royaume-Uni (où l’industrialisation a été plus précoce) et maintenant diffusée en Allemagne.

On distingue deux courants socialistes majeurs en Allemagne :



Qu’est-ce que le syndicalisme ?

Avec ces revendications, on va assister à la naissance de syndicats dont l'objectif est de défendre (encore aujourd'hui) le travailleur. On parle alors de syndicalisme.
Ces principaux moyens d'action résident dans la grève et la manifestation.


I – De l’émergence à l’affirmation du socialisme dans l’Empire Allemand (1875 – 1918) :



A/ La naissance des premiers partis socialistes allemands :


1) La divergence entre réformisme et communisme et la création de deux parti distincts :

Le climat d’industrialisation et de transition démographique (il s’agit de la seconde) au sein de l’Empire allemand met de plus en plus en avant les ouvriers.
Ceux-ci ne disposent ni de protection sociale, ni de retraite, et se sentent exploités.

Dans ce contexte, deux partis socialistes respectivement révisionniste et communistes vont voir le jour : l’ADAV en 1863 et le SDAP en 1869.



De plus, d’autres associations ouvrières voient le jour dans le but d’obtenir le droit de grève en 1860.

2) L’unification de l’ADAV et du SDAP avec le congrès de Gotha

En 1875, le congrès de Gotha permet l’unification des deux partis précédemment cités.



3) La transition vers le SPD avec le congrès d'Erfurt :

En 1891, le congrès d’Erfurt renomme le parti socialiste allemand en lui donnant le nom de parti social démocrate.
Le SPD comporte toujours les deux aspects du socialisme toutefois le révisionnisme s’impose avec Eduard Bernstein.

B/ La montée en puissance du syndicalisme et du socialisme dans un contexte politique hostile :


L'Empire d'Allemagne est dirigé par l'empereur Guillaume I et par le chancelier Bismarck depuis sa création en 1871. On parle aussi de Second Reich.

Bismarck fait preuve de beaucoup d'hostilité vis à vis du mouvement d'ouvrier : il considère que le mouvement ouvrier, notamment sa partie marxiste, représente un danger.
En raison de plusieurs tentatives d'attentats contre l'Empereur, le chancelier décide d'interdire le SAP et les premiers syndicats en 1878 : il instaure des lois dites anti-socialistes.

Cependant, Bismarck sait qu'interdire la réunion des ouvriers va participer à motiver encore plus la révolution. Pour tenter de se rallier à celui-ci, il fait voter des lois sociales entre 1880 et 1890 (le SAP et les premiers syndicats sont toujours interdits).



Malgré ces initiatives, les ouvriers s’opposent toujours. Bismarck démissionne en 1890 et le SAP est ré-autorisé. Il se renomme Parti Social Démocrate (SPD) en 1891.

On compte 57 organisations syndicales en 1890, qui fusionnent pour former la Confédération Générale des Syndicats Allemands.

Avant que la Première Guerre Mondiale ne débute, le SPD est le parti le plus représenté. En 1912, 35% des députés présents au Reichstag (assemblée parlementaire) font parti du SPD et celui-ci compte environ 3 millions d’adhérents.
Il finance l’éducation, la culture, le sport et possède même son propre journal : il prédomine largement.

Toutefois, il ne faut pas oublier que le SPD reste divisé entre réformistes et marxistes.

C/ L’impact de la Première Guerre Mondiale sur un SPD divisé (1914 à 1918)


Au nom de l’union sacrée et sur demande de Guillaume II, les différences d’idéologie doivent être mises de côté au profit de la victoire.
Les ouvriers acceptent cette requête car ils pensent que la victoire pourra leur amener plus de droits dans le futur.

Cependant, une vive déchirure se crée entre les membres du SPD. Les révolutionnaires marxistes refusent la guerre, car ils prônent la fraternité.

Les plus grands protestataires vont être exclus du SPD. On retiendra les deux grands noms suivants :




II – Le mouvement ouvrier de 1918 jusqu’à 1945 : de division à mise sous silence :



A/ Socialisme et République de Weimar :


Au début du mois de Novembre 1918, une mutinerie éclate au sein de l’armée, suite à laquelle sont crées des soviets (conseils ouvriers) qui forcent Guillaume II à abdiquer. On perçoit ici l’influence de la révolution bolchevik en Russie.

Scheidemann, membre du SPD réformiste, proclame une république parlementaire qui désavantage grandement le courant révolutionnaire : c’est la République de Weimar.

Les spartakistes sont déçus, et une vague révolutionnaire se propage à la fin de 1918 jusqu’au début 1919 : c’est la révolution spartakiste, qui donne lieu à de violents combats à Berlin.

La République de Weimar dirigée par le SPD va réprimer avec violence cette révolution lors de « la semaine sanglante » (6 à 13 Janvier 1919)
Cette répression provoquera plus de 1000 morts dont celles de Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht.

Toutefois la République de Weimar coalisée avec le Zentrum (« centre ») va mettre en place de nouvelles réformes bénéfiques pour les ouvriers :



Malgré ces réformes avantageuses pour les ouvriers, le SPD et la République de Weimar sont encore fortement critiqués :

1) Le NSDAP (parti nazi) accuse le SPD d’avoir accéléré la défaite de l’Allemagne (théorie du coup de poignard dans le dos).

2) Le KPD ne pardonne pas la répression violente qui a eu lieu et considère le SPD comme un parti traître et bourgeois.

Le SPD alors essentiellement réformiste est très mal vu en ce qui concerne la défaite allemande mais aussi par rapport à la répression de « la semaine sanglante ».

B/ L’impact du krach de Wall Street sur la montée en puissance du nazisme :


Le krach de Wall Street survient en 1929 et touche énormément l’Allemagne car les États-Unis retirent tous les capitaux placés en Allemagne pour l’aider à se reconstruire.
Il y a 6 millions de chômeurs en 1933.

Dans un contexte de crise, la population est tentée par les extrêmes politiques ce qui explique la montée en puissance du NSDAP.

Les élections politiques de 1932 affichent les résultats suivants :



Remarque : afin de contrer le NSDAP, le KPD et le SPD auraient pu décider de s’unir. Or leurs différents ont fait qu’ils n’ont pas opté pour cette solution, donc Hitler est arrivé au pouvoir (nommé chancelier le 30 Janvier 1933).

Une des premières mesure d’Hitler est d’interdire le pluralisme politique en Allemagne en interdisant tout autre parti politique que le NSDAP.

Il profite de l’incendie du Reichstag (27 Février 1933) pour prendre comme bouc-émissaire un communiste et ainsi interdire le KPD.
Il interdit tous les partis en Juin 1933.

On note aussi la création d’une sorte de syndicat nazi, le Front Allemand du Travail : syndicat unique qui ne laisse place à aucune expression pour les ouvriers.

Globalement, le mouvement ouvrier est mis sous silence durant la période de l’Allemagne nazie. Tous les opposants politiques sont envoyés dans un premier camp de concentration à Dachau.

III – Le mouvement ouvrier allemand depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, avec la guerre froide :



Note : avec la fin de la guerre, l’Allemagne ainsi que Berlin se retrouvent divisés en quatre zones d’occupation, départies à la Grande Bretagne, les Etats-Unis, la France et l’URSS.
En 1948, les trois zones occidentales fusionnent pour former la République Fédérale d’Allemagne (RFA) en 1949. La zone soviétique sera nommée République Démocratique d’Allemagne (RDA).



A/ Un mouvement ouvrier strictement régulé avec le communisme stalinien en République Démocratique d’Allemagne (RDA) :


Dès 1949, le SPD et le KPD sont fusionnés :



Il y a un unique syndicat, la Fédération Libre des Syndicats d’Allemagne : il n’accorde pas de libertés et est directement contrôlé par le SED. Il interdit la grève, et à pour but de contrôler les travailleurs et non pas de les défendre.

La RDA est une dictature très stricte, où tout appartient à l’État. Toute répression est sévèrement réprimée : en 1953, l’Armée Rouge intervient pour réprimer un mouvement d’insurrection ouvrière à Berlin Ouest.

Le mouvement ouvrier est donc très régulé et dispose de très peu de libertés en RDA.

B/ Le point culminant du SPD en République Fédérale d’Allemagne (RFA) :


La RFA hérite des valeurs démocratiques de la République de Weimar. Les partis politiques mis en avant sont le SPD, le KPD et le CDU (Parti Démocrate Chrétien)

Pourtant, le SPD et le KPD sont moins populaires et le premier chancelier d’après-guerre est issu du CDU.
Le KPD est interdit en 1956 car prônant des valeurs contraires à la démocratie.

Le SPD perd en popularité à cause de l’ambiguïté de son programme, toujours divisé entre révisionnisme et marxisme. Afin de pallier à ce problème, le SPD décide d’affirmer intégralement la voie réformiste lors du congrès de Bad-Godeberg en 1959. Il adopte des valeurs libérales.

Ce changement de programme permet de redorer l’image du SPD, et les deux prochains chanceliers seront issu de ce parti :



A la suite des réformes menées, on parle donc d’État-providence, c’est à dire qui axe une grande partie de ses dépenses sur la protection sociale.

En RFA, on a la Confédération Allemande des Syndicats (DGB) qui compte 6,7 millions d’adhérents soit 1/3 des salariés allemands ce qui est énorme. Grâce à la politique de cogestion, les syndicats peuvent être bien représentés dans les entreprises.

Malgré tout cela, il y a toujours des mouvements d’opposition assez minoritaires. Des terroristes d’extrême gauche organisent des manifestations violentes. On retiendra la Fraction Armée Rouge ou « Bande à Baader ».

Les deux chocs pétroliers (73 et 79) finiront par avoir raison du SPD au profit de la CDU.

C/ L’avenir du socialisme et du syndicalisme après la réunification Allemande (1990 – nos jours) :


Lors de la réunification, la RDA doit se soumettre aux exigences de la RFA. Le SED est dissout et les communistes s’effacent.

L’économie se tertiarise (se tourne vers le secteur des services au détriment de l’industrie) et le vieillissement de la population augmente. Cela va inciter les réformes de protection sociale.

Le SPD est toujours présent et revient au pouvoir en 1998 avec le chancelier Gerhard Schröder qui propose le programme Die neue Mitte (« nouveau centre »), qui s’annonce contre toute d’attente fortement tourné vers le libéralisme ce qui ne favorise pas la catégorie ouvrière. Certaines réformes sont votées pour redonner de la compétitivité à l’Allemagne :

- Allongement du temps de travail
- Diminution du temps d’allocation chômage (32 mois initialement à 12)
- Flexibilité de l’emploi : embauche à l’étranger autorisée, ce qui pénalise les salariés allemands.


Un autre parti nommé Die Linke (« la gauche ») est crée par Oskar Lafontaine en 2009 après la crise des Subprimes pour s’opposer aux directives prises par le SPD mais il ne le dépassera jamais.
Le syndicalisme diminue en raison du plus faible nombre d’usines.

Aujourd’hui, la chancelière Angela Merkel est au pouvoir et est issue du CDU.

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